Chapitre 26 : La distance standard entre 2 rails de chemin de fer aux US est de 4 pieds et 8,5 pouces.

20 03 2007

Ce n’est que le lendemain matin que le GMS découvrit qu’il était le nouveau et heureux propriétaire de la demi paire de chaussette tomenteuse. Ô douceur ! Ô espoir ! Ô jeunesse amicale ! En effet, le matin c’est avec une chaussette en guise de doudou qu’il s’éveilla.

Qu’importe la façon dont il l’avait récupérée, il l’avait récupérée. Et à présent, il devait partir au plus vite de la commune pour ne point faire d’histoires. Il se mettrait donc dès aujourd’hui à courir après le dernier artefact.

L’ultime objet de sa divine quête se trouvait actuellement dans la forêt de… Broche-et-Viande. L’artefact était gardé par Merlin l’embrocheur, puissant mage disait-on. Du moins plus puissant que Râ.

La forêt se trouvait au Nord, au Sud, à l’Ouest et à l’Est d’une région située au Sud des Terres du Nord. La région hostile et quasi-déserte des Terres du Coté, elle, était peuplée de quelques étranges personnages qui haïssaient tout le monde, les gens du Nord (car le Nord ment), de l’Ouest (car l’Ouest terne) et de l’Est (car euh… l’Est incteur…). Ils haïssaient même les gens du Sud car un fameux cartographe du Sud avait un jour retourné une carte, les habitant du Sud étaient alors au Nord. C’en était trop, les gens du Sud haïraient tout le monde, même eux-mêmes.

Pressé de rencontrer tout ce beau monde, le mouton se hâta de se mettre en route pour la forêt de Broche-et-Viande, jouxtant la forêt de Douze. Merlin l’embrocheur… il allait affronter Merlin l’embrocheur, le roi des magiciens, le roi Merlin comme ils l’appèlent entre eux, ces vieux croûtons à barbichettes vêtus de robes colorées. L’adversaire sera de taille [et plus de taille membre que de taille-crayon (enfin c'est ce que nous craignons)].

Mais avant de partir (il faudra bien te couvrir) le GMS décida d’aller consulter le Sage du village (d’ailleurs ledit Sage habitait à l’extérieur du village, dit-on alors « le Sage du village » ou « le Sage de l’extérieur du village » ?). Il arriva donc devant la maison du Sage Itaire.

Le Sage Itaire l’accueillit avec le saoul Rire.

-Ne faites pas attention à lui, c’est mon assistant, dit-il en désignant Rire.
-Enchanté, dit-il en les saluant tous deux.
-Que souhaitez-vous savoir, demanda le Sage ?
-J’aimerais avoir quelques informations sur la forêt de Broche-et-Viande.
-Hum, je vois. Mon fils, Louis, est plus calé que moi sur ce sujet. Rire, allez me chercher mon fils dans sa chambre, s’il vous plaît.
-Oui maître.

L’homme s’exécuta et commença à gravir les marches de l’escalier. Le mouton se demanda si les seize marches n’étaient pas de trop pour le larbin bourré.

-Êtes-vous certain que dans son état actuel votre domestique va réussir à grimper ces marches, s’inquiéta le gentil GMS ?
-Laissez-moi vous expliquer. Rire est une créature magique donc extrêmement résistante, il m’a été offert par un ami Mage pour mes cinquante ans. Il vit grâce à un morceau de papier sur lequel est écrit son nom. Le possesseur du mot est le maître de Rire (dit-il avant de se mettre à rire de manière machiavélique). Or, j’ai toujours le mot pour Rire.
-Impressionnant.
-N’est-ce pas. Hélas, dans quelques jours je vais devoir m’en aller finir ma vie en ermite comme tous les sages.
-C’est en effet là une bien sage décision.
-Malheureusement, je ne pourrais pas emmener Rire avec moi… Je serais obligé de l’abandonner en forêt.
-Vous voulez rire ?
-Je n’ai guère le choix. A moins que…
-Que ?
-Vous voulez Rire ?

Mis à part la communauté de l’agneau, le GMS avait toujours fait route seul (et encore, l’utilité des mercenaires reste aujourd’hui largement contestée par les historiens). Une aide extérieur ne serait pas de trop, la route seul c’est ennuyeux.

-Mais, une fois que je n’aurai plus envie de Rire, que se passera t-il ?
-Ce sera bien triste…
-Hum… Devrais-je l’abandonner ?
-Vous n’aurez qu’à le laisser à quelqu’un qui en aura besoin.
-Alors j’accepte.

Et pendant que l’on s’occupait à le marchander, Rire descendit bruyamment les escaliers.

-Maître, Louis dort.
-Sacré somme. Il est 10h45 pourtant…

Le Sage tendit une belle pomme à son domestique pour le remercier.

-Merci, maître.
-Il n’y a pas de quoi, Rire.

Le larbin s’en alla dans une pièce à coté du salon. Le GMS et le Sage montèrent alors les escaliers pour aller réveiller le dormeur. Devant là porte, on pouvait lire « Open the porte / Ouvrez la door ». De toute évidence le fils était bilingue (ou complètement décalé) (notons que ce détail n’est d’aucune utilité pour le bon déroulement de cette histoire). Avant d’entrer, le Sage dit au mouton qu’il portait une affection hors du commun pour son fils.

-Vous comprenez, je ne vois plus Claire, ma fille. Je ne souhaite pas perdre Louis.
-Aveugle et sourd sont deux affreux handicaps.
-Non, Claire et Louis sont deux enfants…
-Autant pour moi, je suis désolé, avec cet entonnoir je ne comprends pas tout.

Ils pénétrèrent dans l’antre du fils. Louis dormait paisiblement dans son grand lit. La chambre était superbement décorée, effectivement le Sage tenait à son fils. Mais se dernier tenait à dormir encore un peu. Itaire le réveilla doucement. Et le pria de venir déjeuner en la compagnie du mouton. A peine grognon, Louis se leva et descendit avec eux.

-Fils, ce mouton a besoin de tes connaissances sur la forêt de Broche-et-Viande.
-Eh bien… C’est une vaste étendue de terrain couverte d’arbres, on y trouve quelques hêtres…
-Des êtres maléfiques ?
-Non, des arbres forestiers de grande taille, à écorce lisse gris clair et à feuille ovale.
-Ah oui.
-… mais aussi des saules pleureurs…
-C’est bien triste.
-… et enfin des érables.
-Quelle veine.

Les joyeux personnages parlaient et mangeaient pendant que Rire était enfermé dans son atelier de peinture où il dessinait un énorme sourire de couleur jaunâtre. Il les interrompit un instant en leur présentant son oeuvre achevée et baptisée « Rire jaune », ils le félicitèrent puis reprirent la conversation.

-Bien, et y a t-il une façon spéciale d’aller à cette forêt ?
-Effectivement à une certaine heure dans la journée un chemin apparaît. C’est celui qui mène à la forêt de Broche-et-Viande. Vous devrez donc vous trouver à l’endroit où le chemin doit apparaître à l’heure à laquelle il doit apparaître.
-Parfait. Quel est cet endroit et à quelle heure devrai-je m’y trouver ?
-Vous devrez être devant le croisement De Bras au Nord de notre maison, à sept heures six.
- A sept heures six, je devrais me trouver au croisement De Bras.
-Oui, à cette heure précise.
-Hein ! Mais faudrait savoir, sept heures ou sept heures six ???
-Sept heures six voyons c’est clair.
-Vous m’embrouillerez…
-Vous n’êtes pas bien fin non plus. Mais, restez dormir cette nuit…
-Je ne veux pas partir dans une semaine !
-Il est franchement débile ce mouton, dit Itaire en se tournant vers son fils et Rire.
-Ce que veut vous dire mon père c’est que la nuit prochaine vous pouvez rester à la maison et que demain matin nous irons avec vous à la croisée des chemins.
-Vous êtes trop bon. (Certain linguistes affirme que c’est de là que vient l’expression « Trop bon, trop con », quand à moi je n’en sais rien)

Tant bien que mal ils finirent par se comprendre, demain Rire et Martin partiraient en direction de la forêt de Broche-et-Viande.