Chapitre 24 : Le chasseur de bestioles sacrées qui avait l’air sympa et un fusil dans le dos.

20 03 2007

Descendant maladroitement la Monté Cristo en sens inverse (en d’autre termes grimpant avec adresse vers l’Est du pays), le GMS ne savait guère où il allait. Cela dit, il savait où il n’allait pas et c’était déjà ça. Il passerait sûrement par Topinan-Bourg où il pourrait se reposer quelques jours et passer le bonjour à ses amis (et aussi dire « Tavernier une cervoise bien tiède s’il vous plaît »).

Il marchait, marchait et marchait encore et encore, durant de longues minutes, de longues heures, de longues journées sur un sentier mal entretenu. Plus il avançait et plus il était fatigué. Il eut alors une idée de génie : il allait se mettre à reculer pour être moins fatigué, pensant que s’il se fatiguait dans un sens il se reposerait dans l’autre. Après quelques malheureuses rencontres avec les arbres et autres objets placés sur les routes du pays pour embêter les passants souhaitant se reposer, il finit par atteindre un haut niveau de reculement en déplacement.

Il marchait à reculons, marchait à reculons, et marchait à reculons, encore et encore. Il gagna Topinan-Bourg en fin de journée et passa donc voir la maire de la ville. Ces derniers discutèrent des heures entières, parlant de tourisme rurale, équitable, durable, mais, fatigué par tant de marche le GMS dût expliquer à Michel qu’il devait se reposer et que le lendemain il reprendrait la route, ce qu’il sembla bien comprendre.

Et le lendemain matin donc, il partit comme prévu vers l’Est, destination finale de son pèlerinage (sans même avoir pris le temps de passer dans une taverne). D’ailleurs il se mit à penser que, peut être, (je dis bien peut être) le sept virgule cinquième artefact se trouvait au Sud. Existe t-il un meilleur endroit pour un sept virgule cinquième artefact que le Sud d’un pays ? Il le saurait bien assez tôt, du moins c’est ce qu’il pensait. Mine de rien, tout en pensant il marchait, tout en marchant il avançait, tout en avançant il approchait de sa destination.

Il marchait encore et toujours (notez que la distance entre l’Ouest et l’Est du pays est assez conséquente), quand il fût abordé par un étrange individu. étrange dans le sens ou ce dernier était humain, et n’était pas petit, ni vert à pois mauve, ni même manchot ascèle et tétraplégique, la folie n’était pas physiquement perceptible non plus. Lui qui avait rencontré des dragons cul-de-jatte, des lutins mangeurs d’êtres vivants, des paysans constipés, des religieux accrocs à la belote, des fous et autres créatures toutes plus louches les unes que les autres, il tombait là, face à quelqu’un avec un semblant de normalité. Tout ces éléments réunis, le GMS ce méfia.

-Euh…Bonjour noble voyageur.
-Bien le bonjour. (La voix de l’homme était banale à souhait)
-Que faites-vous donc seul sur ce chemin ?
-Je me rends à Topinan-Bourg, vous connaissez ? (Aucune agressivité dans la voix)
-J’en viens, faites attention le chemin est chaotique. (En revanche, il y a agressivité dans la voie)
-Merci du conseil. (Il le remerciait en plus, de plus en plus louche ce mec)
-Mais de rien c’est tout naturel. Et qu’allez-vous donc faire à Topinan-Bourg ?
-Je me rends chez ma grand-mère lui apporter une galette et un petit pot de beurre.
-Charmante attention.
-N’est-ce pas.

C’est alors que le GMS se rendit compte que l’homme n’avait pas dit son nom.

-Au fait, nous ne nous sommes pas présentés, je suis Martin Gale le Grand Méchoui Sacré !
-Et moi Rémi Nicence, je chasse les êtres divins.

L’homme sortit alors de derrière son dos un énorme fusil de chasse. Le GMS, pris de panique, courut dans n’importe quelle direction, en ne se retournant pas. Derrière lui, des coups de feu tonnaient. Il courrait, accélérait, bondissait, détalait, cavalait à toute vitesse, le diable à ses trousses. Des coups de feu tonnaient encore. Et il filait dans une direction Sud Sud-Est. Ne sachant où se cacher, il continua de courir.

Il courait, courait et courait encore et encore, durant de longues minutes, de longues heures, de longues journées. Si bien qu’au bout d’un moment les coups de feu tonnaient quand même beaucoup moins, voire pas du tout. Et cela faisait d’ailleurs sûrement une bonne journée qu’ils ne tonnaient plus. Le GMS avait couru sans cesse durant trois jours. Trois jours de course, c’est suffisant pour parcourir un bon nombre de kilomètres, en tout cas suffisant pour arriver devant une pancarte indiquant « Commune d’ètanversmonbanquier ».

Ne se posant pas de questions, le GMS entra dans la taverne la plus proche, à savoir « La Taverne D’Alibaba », mignonne petite bâtisse de pierres. Il y pénétra donc sans hésiter et commanda au tavernier :

-Une cervoise bien tiède s’il vous plaît !