Chapitre 27 : Et des poussières.

20 03 2007

Le lendemain matin, Itaire, Rire et Martin se retrouvèrent après une bonne nuit de sommeil autour d’un copieux petit déjeuner. Le Père Colateur, religieux du coin, vint compléter la tablé et apporta par la même occasion un café de son cru, et la Mère Melade, habitante du village qui avait pour habitude de déjeuner chez le Sage vint elle aussi au rendez-vous, amenant avec elle quelques pots de confiture. Entre deux tranches de pain grillé, deux passages de pot de confiture et l’absorption de grandes lampées de thé au riz, (plat local) le Sage et le GMS purent s’échanger, non pas d’autres tartines, mais quelques mots sur le futur voyage de Rire et Martin.

-Il vous faudra aller à Jactaès, et pour cela vous devrez passer par Mesan. Attention, les habitants ne sont pas très hospitaliers. Ensuite, vous devrez continuer jusqu’au Bourg-Moilmou, c’est un faubourg.
-Un faubourg ? Ce n’est pas vraiment un bourg ?
-C’est ce que je craignais… En fait, il y a parmi les Bourgs, des vrai Bourgs et des faux Bourgs, c’est à dire des agglomérations qui ne sont pas vraiment des Bourgs. Or, parmi les faux Bourg, il y a les vrais faubourgs et les faux faubourgs. En l’occurrence, le Bourg-Moilmou est un vrai faubourg. Il y a aussi les beaux Bourg mais c’est une autre histoire. Mais il va falloir se dépêcher, on va finir par être à la bourre !
-Bougre ! Vous avez raison. Votre fils ne nous accompagne pas ?
-Non, mon fils n’est pas facile vous savez…
-Ah ?
-Mon fils il, fils il, fils il, fils il, fils il, fils il, fils il, fils il, fils il, fils il…
-Je vois, il est dix « fils il » ?
-Voilà ! En plus il tond.
-Votre fils tond ?
-Oui mon fiston tond.
-Bien…

Après avoir préparé leur baluchons, Rire et Martin partirent en compagnie du Sage, en direction du croisement De Bras. Sur le chemin, ils discutèrent de choses et d’autres. Notamment du Bourg-Moilmou.

-C’est un Bourg très réputé pour ses spectacles de faucons et la concentration de fossiles dans le sol.
-Euh, Quand vous parlez de « faucons » et de « fossiles » vous évoquez des imbéciles et des poils ?
-Non je parle des oiseaux et des cailloux, dit le Sage d’un ton sûr.
-Ah…

Après un court silence, la conversation reprit de plus belle.

-D’ailleurs, au Bourg-Moilmou, il y a un homme qu’on appelle « Monsieur » qui organise un jeu, une sorte de concours de courage, celui qui gagnera obtiendra un formidable gain.
-Hum, intéressant, quel est ce gain ?
-Sa chèvre.
-Hein ?!? La chèvre de Monsieur ? Ce gain ? Quelle drôle d’histoire!

Et puis, petit à petit, à force de discuter, il ne virent pas le temps passer et arrivèrent à sept heures tapantes devant le croisement De Bras. Itaire donna le mot sur lequel était inscrit « Rire » au GMS pour que ce dernier devienne l’heureux propriétaire de Rire. Itaire, qui était un bon maître se mit à pleurer, c’est ce qu’on nomme aujourd’hui « passer du Rire aux larmes », puis il quitta Rire à contrecoeur lorsque la forêt, d’apparence très dense et dans laquelle on ne pouvait entrer, se mit à s’ouvrir en deux.

Nos deux compères pénétrèrent dans l’immensité boisée qui se referma aussitôt, les laissant face à un néant vert.

-Et maintenant, qu’est ce qu’on fait? demanda le GMS à Rire au cas ou celui ci aurait une quelconque idée qui leur permettrait d’avancer.

Et là, alors que tous les lecteurs s’attendent à un « On fait bli » judicieusement placé, ce qui serait totalement dans l’esprit, Rire répondit plutôt un :

-On n’a qu’à… Ou alors… Peut être même qu’on pourrait…
-Bonne idée !

Alors ils n’eurent qu’à, puis à, et enfin à. Mais ensuite ? Que pouvaient ils bien faire de plus ?

-La question n’est peut être pas « que faire ? » mais plutôt « où faire ? », pensa tout haut le GMS dans un élan de génie (dirons-nous).
-Hum… peut être bien.
-On à qu’à faire ailleurs.

Alors ils s’en allèrent ailleurs, c’est à dire plus loin, soit moins près, donc en définitive autre part. De toute façon, ici il n’y avait rien, autre part ça ne pouvait être que mieux. Ca ne manqua pas, plus loin il y avait moins que rien. Des arbres à perte de vue. Mais n’écoutant que leur courage, les deux braves compagnons avancèrent encore, cheminèrent toujours, marchèrent davantage, le tout vers un point hélas non défini.

Où allaient-ils bien pouvoir atterrir ? Dans quel guêpier étaient-ils en train de se fourrer ? Et si soudain un orchestre philharmonique jaillissait brusquement de derrière les fagots ? Vous le saurez au prochain chapitre.